J’ai toujours eu confiance en la bonté des inconnus

J’ai toujours eu confiance en la bonté des inconnus1. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Almodovar. Toutefois, j’atteste entièrement cette déclaration.

Des anecdotes, j’en n’en manque pas. A un point tel que je ne saurais les chiffrer.

Les actes de bonté des quidam sont légions, j’ai un point de vue (de vie) personnel sur la question. Je vais tenter ici de vous l’expliquer.

À partir du moment où l’on se sent en confiance, sans jugements ni projections, laissant pleinement la place à la vraie rencontre, l’Autre n’a dès lors, aucune crainte, ne sent aucune menace et peut exister véritablement.

La démarche d’ouverture à l’Autre, qu’il soit familier ou inconnu, devrait être similaire. Quelqu’un à toujours un message à nous offrir, à nous enseigner, peut importe sous quelle forme.

Etre vrai, se sentir soi est si agréable et déplorablement si rare. Cela subvient évidemment avec des amis proches, compagne ou compagnon. Pourtant ces moments précieux sont trop souvent parasités par le poids des attentes, de la pression, des enjeux, de la vie en somme. Qui n’a jamais raconté de grands secrets qu’on n’aurait pourtant jamais osé révéler à ses proches et que l’on avoue à un inconnu, devenu confident momentané, le temps d’un voyage.

Je retiendrai particulièrement les enfants comme source principale d’exemple et d’inspiration. Leur spontanéité, leur curiosité, leur confiance, leur émerveillement me paraissent des qualités adéquates pour susciter une vraie rencontre. Mais ce n’est pas là l’objet de ma démonstration.

Ce que j’apprécie particulièrement, c’est marcher en rue. Arpenter la ville dans laquelle je suis née, ou découvrir d’autres lieux parfaitement inconnu.

Les yeux observent, le visage sourit légèrement, paisible. La tête est haute, la démarche tantôt vive, tantôt nonchalante, le pas toujours assuré.

Etre bien attire assurément le bien. Quelqu’un qui nous sent heureux aura envie d’être heureux.

Avez-vous déjà réalisé la différence entre les trajets du matin depuis le réveil jusqu’au boulot/école?

Démarrage du pied gauche, nez dans la tasse de café, un bonjour grommelé, un manteau enfilé. Puis le vent, les klaxons, l’horaire à tenir, les embouteillages, les collègues grincheux. Journée de merde elle a débuté, journée de merde elle va assurément se terminer.

Un autre matin, dans le tram. Des écouteurs vissés aux oreilles, des yeux vagues tombants, ricochants, faisant tout pour s’éviter, secrètement se scruter tel des aimants : attraction-répulsion. Et là, cette femme qui nous regarde et des yeux confiants devenant complices au milieu de la multitude d’automates. Et puis, on regarde par la fenêtre, et le coeur fait comme un bond dans la poitrine, et l’on sent une sorte de chaleur douce dans tout le corps et on réalise qu’on est en vie. On est là, conscient, cheminant vers le travail, heureux d’aller entreprendre une tâche qu’on a choisie ou du moins, bien décidé à affronter cette journée en vainqueur malgré les obstacles qui subviendront. Tout à coup, on se sent vaillant. Le corps se redresse, les pieds s’enracinent. On est opérationnel et heureux. Bien vite d’autres sourires suivent. Et on se rend compte qu’en fait, on sourit nous aussi.

Dehors, un oiseau chante dans le brouhaha. Le petit vieux sur le coin a une rose rouge à sa boutonnière. Dans le square, une enfant s’amuse à faire s’envoler les pigeons. Sa mère l’attend patiemment, la poussette vide à la main.

On réalise que, en fait, on est dans les temps. L’allure décélère, rien ne presse. C’est une belle journée. On sourit toujours.

Finalement, c’est un état d’esprit. Se sentir bien, attire les événements bons. De même que les gens heureux se sentent plus généreux. La bienveillance repose des conflits qu’on subit et des masques incessants que nous nous obligeons à porter pour survivre dans la jungle de cette société qui nous demande de nous battre pour l’intégrer. La loi du plus fort, la loi du plus con où les moutons se querellent pour paraître différent au sein du troupeau tout en hélant haut et fort après quiconque ne respecte pas les règles imposées.

Dans tout ce fatras, on oublie souvent de s’accorder du temps pour soi, pour se retrouver, se connecter à qui on est, ce qu’on ressent, ce qu’on souhaite. Cet essentiel nous fait exister dans notre passé, dans l’instant et dans tous les possibles. Et nous permet de rayonner de tout notre être et diffuser une énergie que l’on pourrait nommer amour. Un sourire, la bonté d’un inconnu peut aussi nous offrir cela.

Cela pourra paraître candide à certain. Chacun accorde différentes importances à ses valeurs, pourtant, c’est ce genre de contacts, d’échanges gratuits, cette onde d’amour se propageant librement qui permet à l’humanité de se souder. De nous faire prendre conscience que nous vivons ensemble sur cette terre et donnons la possibilité au genre humain d’évoluer vers le respect et la bienveillance.

Je crois fermement en la puissance de bonté en chacun de nous. Il suffit juste de lui permettre de se libérer. Et selon ces principes et avec l’enseignement des enfants, il devient moins difficile de s’y essayer.

Un petit truc marrant :

Il paraîtrait que des experts en vente se forcent à sourire plusieurs fois d’affilée avant de rencontrer leurs clients. De cette façon, leur sourire devient sincère et l’interlocuteur se sent en confiance. J’ai essayé lors de certain matin grincheux, ça marche. Essayez vous aussi, vous verrez, le résultat est garanti.

Evitons pourtant la manipulation et ne doutons pas de la sincérité d’un sourire.

 

1 Tennessee Wiliams « un tramway nommé désir »

Aux enfants de la toile

Aux enfants de la toile qui grimpent vers les étoiles

Les drapeaux de prières flottent au vent. Un moineau s’offre à ma vue, il vient chiper une brindille sur la jardinière. Il serait grand temps que je la refleurisse.

Quand je suis arrivée dans cet appartement, au coeur du centre ville, je ne l’avais pas choisi. À cette époque, mon corps n’était plus capable d’emmagasiner la moindre dose de stress. Je me souviens que la mairie parlait de réaménager la zone pour construire une tour à habitations juste à la place de cette toile qui n’aurait même pas été déplacée. Elle aura juste disparu, comme ça, Pouf !

Alors que je le vois bien, moi, qu’il n’y a pas plus investie qu’elle.

Tous les petits spidermen, du soir au matin ; des alpinistes sur le toit du monde, des navigateurs scrutants l’horizon, des champions sur le haut du podium, des oiseaux dans leur nid, des aigles royaux, des singes grimpeurs, plein de vitalité, bipèdes peu farouches, des explorateurs cosmonautes, des pirates funambules…

Depuis ma fenêtre, j’observe, le sourire aux lèvres,

l’instant des multiples possibles,

la victoire des morceaux de liberté

sur les briques encimentées.

L’immeuble ne sera jamais construit.

Aussi longtemps que je resterai ici, je n’aurai pas de vis-à-vis.

Je pourrai continuer à regarder l’immensité du ciel

et être témoin des joies et des peines

des enfants de la toile

grimpant vers leurs étoiles.

Les petits plaisirs

 à la famille Raemdonck-Didelez 

 » Une ribambelle de belles frimousses pastels

parsèment les pavés de l’allée

Des soleils jonglent la jungle colorée

de mon jardin adoré.

La marelle, là,

attend, patiente,

la prochaine pause des enfants du quartier

Heure du thé, odeur d’été.

Les petiots crayonnent des arc-en-ciel

aux tracés imprécis

fusionnent étoiles et autres merveilles

sorties de l’imaginaire débonnaire.

Excès de simplicité, candeur d’authenticité.

La gourmandise dévorante d’une palette de futurs souvenirs

créés au milieu de l’antre de l’enfance

Les miettes des restes de cake chocolaté

appellent les volatiles batifolant dans le plaisir présent,

inconscients aux jeux inventés, très sérieusement incarnés,

qui peuplent le quartier

J’arrose ma plénitude de ces petits bonheurs cléments

Je savoure sans détours ces jours troubadours

Là, la farandole étiolée,

témoin d’absolues vérités,

restera à jamais dans mon coeur gravée »

Chaque jour qu’on se fait

La consigne: décrire un trajet entre chez soi et le travail

C’était un temps, où je marchais gris

je me fondais au béton environnant

le temps était fade autant que mon humeur

je m’évaporais dans les pots d’échappement

tandis que la morosité m’engluait tout entière

Les façades dégoulinaient de poussière, de pollution, de crachats et de pisse de chien.

Aucun arbre, pas une fleur.

En tournant le coin de chez moi, je débarquais dans le cauchemar.

Peu importe si je choisissais de descendre par la gauche ou par la droite,
là, comme une haie d’honneur pour célébrer cette journée pourrie,
deux rôtissoires puantes et ruisselantes de graisses débutaient ma route.

Un affrontement des sens, un passage obligé,

comme un sacrifice au nom de mes engagements,

je fonçais tête baissée à travers ce que je ne pouvais éviter, la vue de ces pauvres petits poulets tournoyants. Soldats-volailles nés, dénudés puis embrochés pour les bonnes causes d’une société qui en veut toujours plus.

Je ne me bouchais même plus le nez devant ces boucheries
J’incarnais l’écoeurement même
Et comme un robot, je me rendais au boulot. Je saturais.

boulot ? Je passais direct en mode alerte

Je réalisais les klaxons la circulation les putains de poussettes qui prennent toute la place, et ces fichues mères qui marchent tranquillement Elles pourraient quand même apprendre à leurs gosses à céder le passage

frustration, fatigue, colère, marche rapide empourpraient mes joues

J’allais arriver en retard. Je m’en foutais.

Pourtant je me pressais quand même en pestant contre tout ce qui obstruait ma route. Et évidemment des obstacles il y en avait beaucoup. J’avais prédis une journée maudite. Dès que j’ai ouvert l’oeil d’ailleurs.

Le tram était bondé comme toujours

ces fichus feignants peuvent même pas marcher pour quelques arrêts c’est incroyable

A chaque points stratégiques je me faisais bousculer par des hommes, petits, jeunes, vieux. Quant aux femmes, toujours ces gigantesques buggys.

Ah ben oui bien sur c’est plus pratique pour transporter les courses, en attendant aux heures de pointes on fait comment hein ? Ah ben non on pense pas aux autres, c’est bien plus simple

Et avec tout ça, personne n’a un petit mot gentil, ni pardon ni excusez-moi ni merci

Je regardais ma montre qui n’avançait chaque fois que de cinq minutes

autour de moi j’observais les gens les yeux plissés

dès qu’on croisait mon regard, je me détournais maudissant le monde et mes yeux gonflés par la fatigue. Alors, je recroquevillais mes épaules et me blottissais dans mon écharpe, j’avais froid. J’avais grappillé la moindre minute restante à la passer sous la chaleur de ma couette.

Je venais de la quitter elle était loin j’avais l’impression de partager mon intimité avec des visages fermés défiants, des regards baissés vagues et impatients, et des bambins … si innocents

J’entendais le son provenant des écouteurs de mes voisins

et puis aussi des femmes qui ponctuaient de mots français leurs conversations en arabe

Je n’avais jamais acheté de lecteur mp3

je ne pouvais pas sortir mon livre parce que, même si je parvenais à le retirer de mon sac- à-dos je ne pourrais pas, à la fois me tenir debout à l’abri des secousses, et porter les pages à hauteur des yeux, sans que mon coude ne gène mon voisin

Alors je cherchais à reconnaître l’origine des personnes avec qui je partageais ce trajet

Je suis dépendante de ce tram, autant me laisser transporter Je savais que je serais en retard de toute façon.

Je repérais des accents multiples: du turque au néerlandais, de l’arabe à l’espagnol en passant par le roumain, l’albanais, le polonais, des dialectes africains aussi.

Sans le savoir, je me mettais en condition pour travailler. Je mettais mon armure de guerre mentale et j’assurais mes barrières physiques, je me préparais à aborder la prochaine étape de mon tourment quotidien.

C’était toujours dur de sortir de chez moi

je m’offrais tout juste le temps d’un café et évidemment j’avais rien préparé à manger. Si la journée était un peu moins épouvantable que d’autres j’avais le temps de m’acheter un sandwich, qui me servait à la fois de déjeuner et de souper. Mon midi et mon goûter c’était des clopes à la va-vite, entre deux entretiens.

Il était pas loin de 16h. C’était la sortie des écoles, le rush dans la ville. Et en plus ils sont contents de foutre le bordel pour eux c’est le week-end

J’avais un noeud au ventre et aussi un peu la nausée. J’étais proche du travail.

C’était un temps où je travaillais aigre

je me fondais dans la misère humaine

passé la porte, ma volonté était aussi grande que mon sourire

je m’enracinais dans ma tâche

je respirais les haleines fétides, les toilettes nauséabondes et les vapeurs alcoolisées du cabinet de soin

J’étais arrivée dans l’antre des oubliés, les déchets de la société

des fous des alcooliques des drogués des putes des paumés des invalides des anarchistes des sans papiers des malchanceux des réfractaires des indécis des inconditionnables des combattants des désorientés

toutes ces personnes s’entassant dans ce refuge délabré le temps d’une nuit.

Je soupire

Un repas chaud, un lit.

Ca n’efface pas les intempéries du jour mais ça procure un peu de quiétude

Si, bien sûr, la nuit n’est pas perturbée par quelques incidents

car c’est bien connu, un individu qui n’est pas sur ses gardes ne fera pas longue vie, et c’est pas un toit qui va changer les lois de la rue.

Allez, c’est parti!