Le vol des hirondelles (Champéry d’abord!)

Il était convenu depuis dix semaines de notre départ dans le Valais. Parce qu’une copine y avait emménagé et nous hébergeait. Ce devait être huit jours de vacances qui nous feraient du bien et qui ne nous coûteraient pas trop cher (bien que les dépenses en Suisse s’avèrent outrageusement plus élevées). Ma pote venait d’acheter son appartement et moi, j’étais sans emploi. Une fois n’est pas coutume, nous délaissions les destinations exotiques pour descendre quelques heures en voiture et nous aérer les poumons de l’air pur des alpages.

Or, il se fait que dans les jours précédents mon départ, je me fais dépouiller de mes papiers et de mon compte en banque. Deux questionnements s’imposent: Vais-je passer la frontière sans document officiel? Puis-je me permettre de dépenser de l’argent que je n’ai pas? Ces raisonnements sont contrebalancés par l’appel des montagnes. La logique versus l’intuitif.

Quelques coups de fil indicatifs sur les procédures douanières. Un sac de voyage préparé. La veille, je me tiens prête à démarrer. Toutefois, j’hésite. Fais-je bien? Est-ce opportun? Ma pote est mise au courant de ma situation et me dit descendre seule dans le pire des cas. Dormir sur ma décision ne suffit pas. Je me réveille, le stress prend le dessus. Je fous mon homme dehors; je veux pouvoir me sonder en toute tranquillité sur le peu de temps qu’il me reste avant le démarrage. J’ouvre grand ma fenêtre. Le soleil matinal zèbre pelouse et façades.

Trois hirondelles dansent sous mes yeux. Elles filent à toute allure. Piquent, tournent, passent, repassent et frôlent ma fenêtre. Elles s’offrent en spectacle et je sens mon coeur fondre, mon âme s’élever. Et là, je sais qu’il est temps d’y aller. Quitter BxHell et ses tracas citadins. Partir coûte que coûte (l’expression, ici, prend tout son sens), et m’évader parmi les sommets. Découvrir ce que Champéry m’offre comme surprises. M’emplir de nature, me nourrir de splendeur, m’abreuver de paysages. Respirer les sapins, aspirer les nuages, caresser les reliefs. Gambader sur les pics, picorer les baies, cueillir les couleurs.

Les migratrices annonciatrices me donnèrent raison. Je ne fus pas déçue.

Les vapeurs s’élevant des vallées, l’arôme éclatant des fraises des bois, la course lente des escargots, l’eau vive joyeuse bondissant des cascades, le tintement assourdissant des cloches dans les pâturages, les pieds de vignes gorgés de soleil, les neiges éternelles.

Tantôt l’orage a éclaté après quelques jours torrides. Je monte à toute allure sur le sentier vertigineux. Je sue à grosse goutte. Les arbres pleurent leur dernière pluie. Mon coeur chante. Au loin, j’entends une mésange qui m’accompagne de sa douce mélodie.

Kalaallit Nunaat, la terre verte

consigne: carte postale fictive depuis un pays aléatoire. intégrer des mots de leur langue qui sont passés dans notre langage courant

Chèr.e.s,

Enfin j’y suis ! Quel bonheur d’être arrivée au Groenland, Royaume indépendant du Danemark. Depuis le temps que je rêvais de vivre ces jours sans fin et respirer l’air du grand Nord.. J’ai quitté Nuuk, la capitale, hier pour arriver dans ce petit village qui ne compte qu’une seule voiture pour tous les habitants (par contre, ils possèdent tous un motoneige). Ici, la majorité des résidents sont descendants d’inuit et parlent encore le Kalaallisut -les adultes du moins- Parmi les civilisations des Premières Nations, c’est le langage arctique le plus vivace. Les enfants eux, glissent en traîneau suivi par des huski ou font du vélo sur la banquise. Je dois avouer que j’ai été amusée de voir l’un d’eux se régaler d’un esquimau glacé, la scène était plutôt inattendue et j’ai regretté de ne pas avoir mon appareil sous la main. Mon plus gros anorak ne suffit pas malgré que nous soyons en été. Il fait froid la nuit, et j’ai du mal à trouver le sommeil puisqu’il y fait comme en plein jour. Toutefois, mes yeux fatigués et moi-même ne nous repaissons pas du spectacle que m’offrent les soleils de minuits. Demain, je pars en kayak vers le fjord avec un inuk. Peut-être y apercevrais-je un rorqual ou des bélugas, qui sait ? Mon guide est semi-nomade et pratique encore la chasse au phoque. J’ai beau être végétarienne, cela ne m’empêche pas de respecter le fait qu’il vive encore de cette tradition. Dans les prochains jours, des italiens doivent arriver. Nous pourrons alors partir en hélicoptère vers la baie d’Uummannaq pour démarrer la randonnée. J’ai hâte ! On m’a dit que cette montagne est en forme de coeur…
Sous ces bons auspices, je t’envoies mes meilleurs pensées.

Psst : si tu veux savoir, non, je ne dors pas dans un iglu 😉 et oui, promis, je remettrai un bisou de ta part à Nanoq, l’ours polaire, si je le vois

**tendresse

Nous sommes les puceaux du Québec

dédicacé à Laurent

« Nous sommes les puceaux du Québec

les touristes de la belle saison

ceux qui n’ont pas connus l’hiver

mais qui s’imaginent s’y plaire

Nos cabanes au Canada

sont faites de paille

dont vient à bout sans mal

la première bise glaciale

Toutefois, un pays vaste en parcs et forêts

en érable, cidre et bleuets,

s’ouvrira à ceux qui persévèrent

ils connaîtrons alors les saisons en rouge, en blanc et en vert

Nous sommes les puceaux du Québec

les prospecteurs de la belle heure

des rêves plein la tête et un avenir réformé

en quête d’une place et de papiers »

Au point du vue du cesm*

Seul face au vent

ça fait des heures que j’attends

Les pieds dans l’herbe

perdu dans l’immensité d’un ciel bleu majestueux.

De temps à autre, les rongeurs sautillent

à la recherche de quelques croustilles.

Passent les nuages et voltigent les guêpes.

Au loin, les prémisses automnales

d’un rouge téméraire

et les feuilles plates, pâles

tombant à terre

Je domine la colline du centre environnemental

les fissures de mon bois soutiennent, subissent, apaisent depuis bien longtemps

Pourtant, tout au long de l’année,

les marcheurs estivaux me délaissent à la recherche de coins d’ombres

les cyclistes me narguent

les coureurs m’envient

les skieurs de fond hésitent, jaugent, mesurent la qualité de ma neige

Aujourd’hui,

j’ai rendez-vous avec l’homme aux jumelles

chaque fin de semaine, depuis le printemps, il vient me rendre visite

et nous passons de nombreuses heures, taiseux

admirant et reconnaissant le panorama qui se profile sous nos yeux

à la fin de l’été, je dois l’avouer, je me sens angoissé

la saison changeante, incertaine,

souvent froide ou pluvieuse

vient contrecarrer mes visites adorées

alors, dominant l’horizon et mes raisons,

je patiente silencieux

respectueux du bonheur paysagé qui m’est donné

et lorsque le vieil homme chez moi vient se poser

je suis le banc le plus heureux qui puisse exister

 

La consigne: les états d'âme d'un objet des villes (depuis MTl)

* Centre Environnemental Saint-Michel, Montréal, Québec

Bruxelles-Gembloux

Façades grisâtres, échafaudages métallisés, essais calligraphiques colorés

les antennes percent les nuages

je tangue lentement sur les roulements du train

tubes de néons

les potagers, vainqueurs, fleurissent le long des voies

un clocher pointe fièrement dans un ciel puissamment bleu

la végétation reprend ses droits

abondante ironie

délicieux patchwork urbain

des sièges rouges esseulés, un quai quasi désert

puis deux ventres nus bedonnants se baignent de soleil et tremblotent au rythme de la fraîcheur de l’houblon

les tuyaux rouges et bleus courent le long des rails

les culottes de grand-mère sèchent au balcon pendant qu’elle s’affaire à la vaisselle

les jardins succèdent aux terrasses

les quatre façades remplacent les quatre étages

des vagues terrains aux blés des champs

les graffitis et panneaux solaires se font concurrence

Et déjà les vaches me rappellent que les moteurs des chevaux sont derrière moi

les éoliennes au loin annoncent fièrement l’imminente arrivée vers ma destination

Bienvenue sur en gare de Gembloux, terre de l’agrobiopôle

je quitte bruxelles et mon train-train quotidien.

Brève d’espoir

postalement dédicacé à MuLiFu

Chers,

Merci pour vos gentils mots

Je suis prise par ma vie bruxelloise

mais ça ne m’empêche pas de penser trèèès souvent à vous

Je me répare et me rafistole

Je pousse et épouse mes limites

je me façonne, m’illusionne

Je vis, ris, tempête, chagrine

J’expérimente et j’invente

Je fonce et je plonge et je me plante aussi

(je grandi quoi, portée par vos bonnes pensées)

Et comment se porte votre jardin potager ?

Bien à vous,

Bisous

Les petits plaisirs

 à la famille Raemdonck-Didelez 

 » Une ribambelle de belles frimousses pastels

parsèment les pavés de l’allée

Des soleils jonglent la jungle colorée

de mon jardin adoré.

La marelle, là,

attend, patiente,

la prochaine pause des enfants du quartier

Heure du thé, odeur d’été.

Les petiots crayonnent des arc-en-ciel

aux tracés imprécis

fusionnent étoiles et autres merveilles

sorties de l’imaginaire débonnaire.

Excès de simplicité, candeur d’authenticité.

La gourmandise dévorante d’une palette de futurs souvenirs

créés au milieu de l’antre de l’enfance

Les miettes des restes de cake chocolaté

appellent les volatiles batifolant dans le plaisir présent,

inconscients aux jeux inventés, très sérieusement incarnés,

qui peuplent le quartier

J’arrose ma plénitude de ces petits bonheurs cléments

Je savoure sans détours ces jours troubadours

Là, la farandole étiolée,

témoin d’absolues vérités,

restera à jamais dans mon coeur gravée »