L’homme au ginseng

Il y avait tout ces hommes des quatre coins du monde. Chacun portant leur histoire

lourdement, pesamment. Et dont les poches étaient vides.

Ils étaient entassés là, tous reclus, parqués. Des sans abris dans cet immense refuge de nuit. C’était l’hiver.

Parmi eux, il y avait cet homme. Immense, les épaules voûtées, la barbe broussailleuse, les cheveux longs, sauvages et les yeux vides.

Cet homme venait de l’Est. Il s’en venait de la guerre. Là-bas, dans les montagnes il avait tuer des hommes. Ses poings étaient énormes.

Il marchait lentement en errant dans les couloirs.

Il n’était pas le seul. De nombreuses sandales, souvent trop petites, usées, raclaient les sols des corridors. Des groupes s’animaient là où ils le pouvaient, de la cour s’enfumant au séjour ne comptant qu’à peine deux sofa pour plus d’une centaine d’hommes. Dans les dortoirs, les bandes s’organisaient . Un microcosme géopolitique ne tenant qu’à un fil.

Allez expliquer à un géorgien qui n’a jamais vu un noir, que non, ça n’est pas correct de l’imiter comme un singe se grattant sous l’aisselle.

Allez expliquer à un serbe qu’il ne peut pas régler ses comptes avec son voisin croate, que non ce lieu n’est pas fait pour ça et qu’il faut vivre ensemble.

Allez donc dire aux gispy que non, on ne peut pas se servir un repas aux enfants qui n’ont pas mangés parce que c’est trop tard, la cuisine est fermée.

Allez donc dire aux alcoolos que bien sûr on ne peut pas rentrer avec une canette, même rien qu’une.

Allez donc dire aux musulmans que désolé vous êtes allez à la mosquée mais la grille est fermée non Dieu n’a rien à faire là dedans c’est le couvre-feu et vous sentez l’alcool.

Heureusement, les collègues étaient là pour veiller au grain. Mon boss était grand. Farouche, il aboyait pour faire régner l’ordre des possibles. Et il se faisait respecter. Mais ça ne l’empêchait pas d’avoir peur de lui : l’homme au ginseng. Le grand, le terrible, celui qui, inexpressif, terrorisait tout le monde. Parce qu’on ne savait pas quand il allait se réveiller et commettre quelque chose d’affreux, d’incontrôlable. Ce genre d’homme qui a connu des atrocités et qui s’est mis en veille, anesthésié jusqu’à ce que une étincelle dans ses yeux ne vienne raviver on ne sait quel souvenir déclencheur.

J’étais seule dans l’infirmerie. Et cet homme vint me demander « Something for my brain » avec son accent prononcé d’une voix grave, tonale. Et pourtant j’y décelai une note de détresse. Ou peut être était-ce son regard, dans le vague, qui ne me fixait pas. Un grand enfant, dont les yeux criaient une douleur trop lourde.

Je ne suis pas infirmière, ni docteur. Je peux faire un pansement si je trouve le nécessaire dans les armoires presque vides. Je ne peux délivrer aucun médicament.

Devant moi, l’imposant bonhomme, immobile. Ses yeux me voient, attendent. Il est redevenu un guerrier. Il a donné un ordre. Il a mal. Il est perdu. Il peut devenir fou de douleur. Il me dit « My brain ». Il n’a pas dit « ma tête », il a dit « mon cerveau ». Ses doigts tapotent son crâne pour me montrer.

Dans l’armoire, des boîtes de vitamines. Je choisi le GINSENG.  C’est bon pour le cerveau lui dis-je « ça aide le cerveau. Ginseng good for brain ». Je lui donne deux comprimés. Ce ne sont que des vitamines. Et le corps de l’homme exprime une sorte de relâchement, de contentement par ses mains accueillant ces placebos comme un sésame. Une incroyable force de reconnaissance naquit sur ses lèvres en un sourire et il formule des « thank you, thank you » en chaîne.

Un homme, une bête, que je n’ai jamais plus vu sourire. Et qui errait tous les jours, perdu, isolé, dans un monde qui lui appartenait, couvant ses démons intérieurs grâce à sa carapace menaçante.

Et chaque jour, fidèle au ginseng, me livrant les clés de sa convalescence, me permettant de prendre soin de ses esprits, il venait chercher sa capsule.

Insert coins

Fiévreux dans cette fastueuse fédération de jeux,

je fonds fermement le jeton dans la fente

Je suis fou de félicité, le féru fêlé

fébrile fanatique à la poursuite du fruit farceur

qui feint disparaît réapparaît tel un fantasque farfadet.

Le fascinant défilé des suites filent sous mes yeux affolés tandis que ma main fourmille.

Pomme Poire Pêche Abricot je veux l’abricot

Arg j’ai failli ! Je failli affolé affaibli c’est la défaite J’ai une faim d’ogre de cette sotte compote addictive

Je grogne grommelle et rode mon jeu

ma face blafarde se façonne au rythme des roulements impatients

je fabrique mes fabulations

flambeur je tiens fermement à ma fierté.

L’Abricot foutu fétiche.

La roulette rythme mes heures

Je suis le glouton impatient attendant son bonbon Le magicien de la manivelle Le mignon de la manigance Je suis en transe je subi survit revis les combinaisons injouables ininterrompues

J’initie j’intime je devine j’injurie mon intime qui me met au régime me défie me dévore m’ignore.

Sublime Machinator me sous-estime Je suis bien loin des abîmes Après tout, ne suis-je pas le grand matador ? Le conquistador ?

je martèle et tambourine la machine. Tabernac ! Connerie d’abricot Fichu tacot Tu vas t’activer ?

La vitesse avec laquelle le vide-pièce vomi ma victoire me vivifie

loin d’être une vétille mon vestige virevolte chantonne dégringole sans vergogne

Sur l’écran, là, les 3 symboles volent derrière le voile de ma surprise

Aviné, invincible je vidange mon irrépressible vessie Et je vacille

Alyaine et Thion

La consigne: libre autour du thème de l'évasion

Murs de pierre mur de rêves mur de verre

Je fracasse, j’éclate en sangles Langue inconnue je joue les ingénues

Une nuée de voix me questionnent me sermonnent m’impressionnent

Fenêtre grillagée l’oeil s’est évadé

-Dicte moi ma conduite -Mouton sacrifié ! Tu t’en tapes ! T’es barré par ta propre bêtise ; où est le rebelle complice ? Tue-les tous tu dois te rebooster t’embarquer mais t’es tétanisé encerclé enfermé à clé Un con à jamais damné

Je crie je prie j’envie

Les yeux fermés je cours j’explore les corridors de mes passions de ma raison de mes interrogations

Sonde insatiable insomniaque

-Je suis morte parce que tu es vivante -Tu es libre tant que je suis là, Tu les auras tu te battras tu les tueras

Vie de forçat cloisons de mes déraisons

le son susurre ses vicieuses solutions

-Saloperie je suis Saloperie tu restes Qu’un serpent se plantant les dents dans notre propre destin Envenimement à jamais de poison putride toutes parcelles de mes possibles.

Une tâche sur les murs blancs de ciment

se contorsionne s’enlise s’exorcise s’envole

Moi j’étouffe

Tout fout l’camp Je brasse l’air j’embrasse ma rage contenue

qui m’embarque m’emporte m’expose jusqu’à l’explosion

-Je suis toi -Tu m’as moi Je te lâcherai pas, Vas-y Passe la grille de tes pensées défonce la porte de ton malheur déverrouille tes envies Vis, va, Pense-y ton bonheur est en vue ton honneur ton code de sortie Fonce File-leur une bonne raclée une sacrée dérouillée

Je fume Fulmine J’écope un trop plein de haine Malsaine

Je nage j’enrage je rugis

Alarme générale Alerte à tous les niveaux Haut risque d’échappées incontrôlées

Le clic clac des sésames en bleu et en rose L’heure de mon bonheur de ton malheur La camisole de mes pulsions les plus pulvérisatrices Destruction dans 3,2,1… Ce soir, laisse-moi, je m’évade de toi !

J’ai perdu le fil de l’histoire

Aujourd’hui J’ai compris que j’suis dans un labyrinthe

Il y a de bonnes allées

et de mauvais chemins

il n’est pas impossible de s’en sortir en les empruntant

mais il ne faut jamais au grand jamais lâcher le fil d’Ariane

Autrement dit

la clé pour la sortie

En ce moment je file un mauvais coton

J’ai les nerfs en boules

quelque chose ne tourne pas rond

on dirait que quelqu’un tire les ficelles

J’angoisse j’étouffe je brasse l’air Je perd le nord

Je suis l’aiguille perdue dans une botte de foin Entourée de toiles d’araignées

J’ai pas de bol

mon balisage est périmé c’est le brouillard

Je rouille en roulant ma bosse J’devient barjot

Je ricoche sans cesse

entre pile ou face

J’empile Les cercles vicieux qui, finalement, finissent par m’encercler et me certifient que je suis dans un tourbillon

Tour à tour, ces cercles me rendent maboules, me bilent me bullent,

j’ai pas de pot

(j’vous dis, c’est pas d’la balle)

C’est clair, j’ai un grain

J’tourne à l’envers

j’me fais du bil

j’éclate et je baldingue ma boule puante tel un coup de boule

Tout ceci reste un mystère et boule de gomme,

Ça me fait une boule dans la gorge

Impossible de nouer quelconque conversation

mon cercle d’amis se trouvent dans le cercle arctique,

tandis que je fais désormais partie

du cercle des poètes disparus en antarctique

Je suis une balle perdue dans mon propre camp.

Et plus personne ne peut saisir le balle au bond

L’illusion

Elle a sciemment choisi d’envoyer bouler les préjugés Elle est fière de pas se taire de pas plier sous le poids de la pression –particulièrement pendant les élections- primo pavoiser la panoplie d’la parfaite petite poule c’est pas c’qu’elle trouve de plus mignon

Deuxièmement la belligérance ça la fait rentrer en transe

Franchement en pensant à l’opulence redondante de tout ces dindons dodus repus par un repas prémâché ya pas de quoi s’exciter

L’insolence véhémente qu’elle s’applique à pratiquer la tient éveillée en permanence Piercing osés Dread Lock dans la culotte fringues en déglingues Elle peut pas s’empêcher de faire du pied’nez Partout où elle passe elle passe son temps à chercher des poux pour pinailler les poupées bien sapées Pas facile de s’la coltinée Papa l’a sucrée l’été dernier

Dans la rue, la brune palabre avec des poivrots puants se pelant les burnes Le pineau tient chaud Chelou les clochards tels des charognes la chargent Ils cherchent sa part de charme. Tandis qu’elle se laisse charcuter elle se dit qu’demain elle ira faire la charité