L’héritage

La consigne: utiliser dans votre texte 50% des mots d'italien que l'on retrouve dans la langue française aujourd'hui

Il faisait beau. J’avais du temps avant mon rendez-vous à la BANQUE. Je décidai de m’asseoir à la terrasse de la PIZZERIA. Je commandai un CARPACCIO de MOZZARELLA et des CANNELLONIS au PESTO. Une femme jouait un OPERA sur le PIANO public devant une superbe fresque GRAFFITI. Des étudiants sortirent de l’ACADEMIE et s’appuyèrent sur le PARAPET. L’un d’eux, étonnement mince, s’avança nonchalamment tel un long SPAGHETTI dans son PANTALON slim moutarde et improvisa A CAPPELLA. Des touristes, passant par là, jouaient les PAPPARAZZI avec entrain. La CORNICHE fleurie, la gueule de MAFIOSO du patron et le goût du CHIANTI frais donnaient à mon après-midi des airs de DOLCE VITA.

L’homme au ginseng

Il y avait tout ces hommes des quatre coins du monde. Chacun portant leur histoire

lourdement, pesamment. Et dont les poches étaient vides.

Ils étaient entassés là, tous reclus, parqués. Des sans abris dans cet immense refuge de nuit. C’était l’hiver.

Parmi eux, il y avait cet homme. Immense, les épaules voûtées, la barbe broussailleuse, les cheveux longs, sauvages et les yeux vides.

Cet homme venait de l’Est. Il s’en venait de la guerre. Là-bas, dans les montagnes il avait tuer des hommes. Ses poings étaient énormes.

Il marchait lentement en errant dans les couloirs.

Il n’était pas le seul. De nombreuses sandales, souvent trop petites, usées, raclaient les sols des corridors. Des groupes s’animaient là où ils le pouvaient, de la cour s’enfumant au séjour ne comptant qu’à peine deux sofa pour plus d’une centaine d’hommes. Dans les dortoirs, les bandes s’organisaient . Un microcosme géopolitique ne tenant qu’à un fil.

Allez expliquer à un géorgien qui n’a jamais vu un noir, que non, ça n’est pas correct de l’imiter comme un singe se grattant sous l’aisselle.

Allez expliquer à un serbe qu’il ne peut pas régler ses comptes avec son voisin croate, que non ce lieu n’est pas fait pour ça et qu’il faut vivre ensemble.

Allez donc dire aux gispy que non, on ne peut pas se servir un repas aux enfants qui n’ont pas mangés parce que c’est trop tard, la cuisine est fermée.

Allez donc dire aux alcoolos que bien sûr on ne peut pas rentrer avec une canette, même rien qu’une.

Allez donc dire aux musulmans que désolé vous êtes allez à la mosquée mais la grille est fermée non Dieu n’a rien à faire là dedans c’est le couvre-feu et vous sentez l’alcool.

Heureusement, les collègues étaient là pour veiller au grain. Mon boss était grand. Farouche, il aboyait pour faire régner l’ordre des possibles. Et il se faisait respecter. Mais ça ne l’empêchait pas d’avoir peur de lui : l’homme au ginseng. Le grand, le terrible, celui qui, inexpressif, terrorisait tout le monde. Parce qu’on ne savait pas quand il allait se réveiller et commettre quelque chose d’affreux, d’incontrôlable. Ce genre d’homme qui a connu des atrocités et qui s’est mis en veille, anesthésié jusqu’à ce que une étincelle dans ses yeux ne vienne raviver on ne sait quel souvenir déclencheur.

J’étais seule dans l’infirmerie. Et cet homme vint me demander « Something for my brain » avec son accent prononcé d’une voix grave, tonale. Et pourtant j’y décelai une note de détresse. Ou peut être était-ce son regard, dans le vague, qui ne me fixait pas. Un grand enfant, dont les yeux criaient une douleur trop lourde.

Je ne suis pas infirmière, ni docteur. Je peux faire un pansement si je trouve le nécessaire dans les armoires presque vides. Je ne peux délivrer aucun médicament.

Devant moi, l’imposant bonhomme, immobile. Ses yeux me voient, attendent. Il est redevenu un guerrier. Il a donné un ordre. Il a mal. Il est perdu. Il peut devenir fou de douleur. Il me dit « My brain ». Il n’a pas dit « ma tête », il a dit « mon cerveau ». Ses doigts tapotent son crâne pour me montrer.

Dans l’armoire, des boîtes de vitamines. Je choisi le GINSENG.  C’est bon pour le cerveau lui dis-je « ça aide le cerveau. Ginseng good for brain ». Je lui donne deux comprimés. Ce ne sont que des vitamines. Et le corps de l’homme exprime une sorte de relâchement, de contentement par ses mains accueillant ces placebos comme un sésame. Une incroyable force de reconnaissance naquit sur ses lèvres en un sourire et il formule des « thank you, thank you » en chaîne.

Un homme, une bête, que je n’ai jamais plus vu sourire. Et qui errait tous les jours, perdu, isolé, dans un monde qui lui appartenait, couvant ses démons intérieurs grâce à sa carapace menaçante.

Et chaque jour, fidèle au ginseng, me livrant les clés de sa convalescence, me permettant de prendre soin de ses esprits, il venait chercher sa capsule.

karma

Le karma ;

c’est des multiples vies

qui te permettent

d’arriver plus loin

vers ton bonheur

Mais ;

si tu réalises

que chaque fois

que tu te réveilles et te rendors

c’est un petit peu comme si

tu nais et tu meurs

alors

chaque jour est un cadeau

une vie

ce qui fait que ;

si je dors 365 jours par an

depuis 32 ans,

alors

j’ai vécu 11680 vies

Woouaw !

Et j’en ai plus qu’autant

encore à vivre

Purée !

Ça laisse de multiples possibilités

pour vivre

mon expérience du bonheur

des vies entières

à me faire plaisir

en dépit du bon sens

et partager cette joie

d’être en vies

-au pluriel-

à l’unisson des coeurs karma

qui nous disent

d’être soi

KK Clan

La consigne: faire dialoguer Il & Elle autour du concept d'altérité
– mais je peux pas partir en laissant ça comme ça
– pas le temps, ça urge. On y va. Maintenant !
– mais y a Aristote et le gaz. Mes plantes. Et maman
Il la tire par le bras et la sort de l’appartement. Il claque la porte et dévalent les escaliers dans le noir
– j’ai jamais compris pourquoi tu t’évertues à la laisser empiéter comme ça… Elle s’occupera du chat. Viens !
– elle passera pas avant demain et Aristote…
– cours, on n’a plus le temps
Le moteur d’un taxi ronfle devant l’immeuble
(au chauffeur)
– maintenant à l’aéroport et prenez le chemin le plus court
– tu l’as jamais aimée hein ma mère. Avoue ? Bon, c’est vrai qu’elle a son caractère mais personne n’est parfait
– chérie, écoute, pour une fois qu’on a l’occasion de prendre du temps pour nous, laissons ta mère en dehors de ça, ok ?
– tu peux pas sans cesse esquiver le sujet Kevin, ma mère c’est pas une poussière qu’on éjecte d’une chiquenaude, c’est une personne Kevin, et si j’ai décidé de parler de ma mère, on parlera de ma mère
Kevin soupire. Le taximan jette un regard dans son rétro. Leurs yeux se rencontrent. Kimberley, elle, se poudre le nez en se mirant dans son accessoire de poche
– d’ailleurs, tu aurais pu me prévenir pour ce voyage. J’aurais pu m’organiser convenablement et prévenir maman et faire ma valise et…
– chérie, il ne s’agit que d’un we, on ne s’en va pas pour un mois. Un sac a été préparé à ton attention. Et si vraiment ça ne convient pas, je te payerai ce dont tu as besoin.
– quand même, on n’a pas idée de partir sur un coup de tête. Tu sais que j’adore les surprises mais ceci, est ce bien raisonnable ?
– attend de voir où je t’emmène
Ils se regardent langoureusement. Le taximan jette un nouveau regard dans son rétroviseur.
Kimberley s’applique un rouge à lèvre. Le taxi s’engage dans la zone de déchargement rapide. Au loin, un avion effectue le contrôle de ses hélices
– bienvenue à bord Monsieur
Le jet ayant embarqué ses unique passagers ne tarde pas à démarrer. Kevin claque des doigts. Deux coupes d’un breuvage pétillant arrivent sur un plateau
– que se passe-t-il Kevin ? tu m’as l’air bizarre, tu vas bien? tu es tout rouge. Et pourquoi tu n’arrêtes pas de fixer mon verre ? Je suis habituée à ce que tu ne me regardes pas dans les yeux mais quand même, en général c’est plutôt vue sur le balcon
Elle réajuste son push-up parfaitement à sa place. Les yeux de Kevin passent de Kimberley à son verre puis du verre de Kimberley à sa bouche. C’est à ce moment précis, enfin, que Kimberley découvre la chose au fond de sa coupe et que Kevin ne se trouve plus en face d’elle mais un genou à terre.
– Kimberley. J’ai tout. De l’argent, des sociétés, des appartements dans chaque coin du monde, mon jet privé. Mais je ne suis réellement devenu un homme riche que depuis que je t’ai rencontrée. Le jour où j’ai poussé la porte de ce salon de coiffure dans le Queens restera gravée à jamais. Le seul souvenir de tes mains si douces… Tu es la beauté de ma vie, le soleil de mes nuits, l’air qui me maintient en vie. Et même si t’avoir à mes côtés, c’est avoir ta mère sur le dos… Kimberley ? Veux-tu m’épouser
 – FIN –

Nous sommes les puceaux du Québec

dédicacé à Laurent

« Nous sommes les puceaux du Québec

les touristes de la belle saison

ceux qui n’ont pas connus l’hiver

mais qui s’imaginent s’y plaire

Nos cabanes au Canada

sont faites de paille

dont vient à bout sans mal

la première bise glaciale

Toutefois, un pays vaste en parcs et forêts

en érable, cidre et bleuets,

s’ouvrira à ceux qui persévèrent

ils connaîtrons alors les saisons en rouge, en blanc et en vert

Nous sommes les puceaux du Québec

les prospecteurs de la belle heure

des rêves plein la tête et un avenir réformé

en quête d’une place et de papiers »

Au point du vue du cesm*

Seul face au vent

ça fait des heures que j’attends

Les pieds dans l’herbe

perdu dans l’immensité d’un ciel bleu majestueux.

De temps à autre, les rongeurs sautillent

à la recherche de quelques croustilles.

Passent les nuages et voltigent les guêpes.

Au loin, les prémisses automnales

d’un rouge téméraire

et les feuilles plates, pâles

tombant à terre

Je domine la colline du centre environnemental

les fissures de mon bois soutiennent, subissent, apaisent depuis bien longtemps

Pourtant, tout au long de l’année,

les marcheurs estivaux me délaissent à la recherche de coins d’ombres

les cyclistes me narguent

les coureurs m’envient

les skieurs de fond hésitent, jaugent, mesurent la qualité de ma neige

Aujourd’hui,

j’ai rendez-vous avec l’homme aux jumelles

chaque fin de semaine, depuis le printemps, il vient me rendre visite

et nous passons de nombreuses heures, taiseux

admirant et reconnaissant le panorama qui se profile sous nos yeux

à la fin de l’été, je dois l’avouer, je me sens angoissé

la saison changeante, incertaine,

souvent froide ou pluvieuse

vient contrecarrer mes visites adorées

alors, dominant l’horizon et mes raisons,

je patiente silencieux

respectueux du bonheur paysagé qui m’est donné

et lorsque le vieil homme chez moi vient se poser

je suis le banc le plus heureux qui puisse exister

 

La consigne: les états d'âme d'un objet des villes (depuis MTl)

* Centre Environnemental Saint-Michel, Montréal, Québec

Bruxelles-Gembloux

Façades grisâtres, échafaudages métallisés, essais calligraphiques colorés

les antennes percent les nuages

je tangue lentement sur les roulements du train

tubes de néons

les potagers, vainqueurs, fleurissent le long des voies

un clocher pointe fièrement dans un ciel puissamment bleu

la végétation reprend ses droits

abondante ironie

délicieux patchwork urbain

des sièges rouges esseulés, un quai quasi désert

puis deux ventres nus bedonnants se baignent de soleil et tremblotent au rythme de la fraîcheur de l’houblon

les tuyaux rouges et bleus courent le long des rails

les culottes de grand-mère sèchent au balcon pendant qu’elle s’affaire à la vaisselle

les jardins succèdent aux terrasses

les quatre façades remplacent les quatre étages

des vagues terrains aux blés des champs

les graffitis et panneaux solaires se font concurrence

Et déjà les vaches me rappellent que les moteurs des chevaux sont derrière moi

les éoliennes au loin annoncent fièrement l’imminente arrivée vers ma destination

Bienvenue sur en gare de Gembloux, terre de l’agrobiopôle

je quitte bruxelles et mon train-train quotidien.